Notre eau est à vendre

Notre eau est à vendre

Vi Bui
8 mois ago

Les entreprises privées convoitent votre eau et le gouvernement fédéral les accueille à bras ouverts. Mais nous pouvons, vous et moi, empêcher que ça se passe ainsi. Dans un contexte de gouvernement minoritaire, le Conseil des Canadiens peut utiliser sa position à titre de détenteur de la balance du pouvoir populaire pour défendre l’eau.

Vous savez probablement que le gouvernement fédéral, autant sous les libéraux que les conservateurs, fait résolument et activement la promotion depuis des décennies de la privatisation de notre eau ainsi que des infrastructures et des services d’assainissement des eaux usées. C’est ainsi que ces composantes essentielles pour bâtir des collectivités en santé et équitables sont en voie d’être vendues au plus cher offrant.

Bien que la plupart des villes et municipalités possèdent et exploitent leurs propres usines de traitement de l’eau potable et des eaux usées, leurs infrastructures se détériorent à cause des pressions budgétaires qu’elles subissent et de leur sous-financement chronique. C’est à ce chapitre que le gouvernement fédéral pourrait intervenir et financer à faible coût les municipalités. Mais plutôt, le gouvernement invite le secteur privé à prendre le contrôle de ces services publics en encourageant la création de partenariats publics-privés (PPP).

En 2017, le gouvernement Trudeau a créé la Banque de l’infrastructure du Canada. Il visait à ce que quatre-vingts pour cent des projets de la BIC se réalisent sous forme de PPP.

La privatisation de l’eau potable et des services d’assainissement des eaux usées menace directement notre droit humain à l’eau. Les projets réalisés en PPP coûtent plus cher, ils éliminent des emplois, ils manquent de transparence et ils excluent les municipalités du processus décisionnel. Nos collectivités sont obligées en fin de compte d’en payer le prix. En moyenne, les fournisseurs privés facturent 59 pour cent de plus par ménage pour le traitement de l’eau et 63 pour cent de plus pour l’assainissement des eaux usées que le secteur public.

Des collectivités un peu partout au pays sont confrontées à la perspective de la privatisation de leur eau. Plus tôt cette année, la Banque de l’infrastructure du Canada a annoncé un investissement de vingt millions de dollars dans la municipalité de Mapleton dans le comté de Wellington en Ontario. On a soutenu qu’il s’agissait d’une « approche de financement novatrice » dans le but de moderniser les infrastructures d’eaux usées de la municipalité.

Cet investissement peut sembler prometteur, mais il signifie que Mapleton cède le contrôle de son eau pendant deux décennies. La population de Mapleton devra payer des redevances plus élevées à cause des coûts plus élevés du projet réalisé en PPP, et les profits iront à des actionnaires au lieu d’être réinvestis dans la collectivité.

Les municipalités rurales de petite taille, comme Mapleton, sont très exposées aux pressions de la privatisation et à celles de la Banque de l’infrastructure du Canada. À Terre-Neuve-et-Labrador, les municipalités sont aux prises avec un échéancier fixé en 2020 pour moderniser leurs usines de traitement des eaux usées, et les coûts sont évalués à 600 millions de dollars. Faute de financement fédéral, elles envisagent des PPP comme solution à court terme pour amortir l’énorme facture.

À quoi cela pourrait-il ressembler dans votre collectivité? Permettez-moi de vous en faire une description.

Peu de temps après s’être engagée dans un PPP sur dix ans pour la gestion de l’eau potable et le traitement des eaux usées de la ville, la population de Hamilton en Ontario s’est réveillée un beau matin pour constater un déversement de quelque 135 millions de litres d’eaux usées dans le port et une vague d’inondation des sous-sols et des petits commerces. Dans les années qui ont suivi, le nombre d’employés municipaux affectés à la gestion et au traitement de l’eau a été réduit de moitié, les coûts du projet ont augmenté démesurément et le contrat a changé de main à quatre reprises. En fin de compte, la Ville de Hamilton a repris en main le dossier de l’eau pour en faire à nouveau un service public, épargnant ainsi à la Ville et à ses résident.e.s des millions de dollars.

À l’instar de Hamilton, beaucoup de municipalités se sont battues contre la privatisation. Mapleton et les municipalités de Terre-Neuve-et-Labrador peuvent également se battre et elles peuvent gagner.

Le Conseil des Canadiens a lancé le projet Communautés bleues en 2009 précisément à cette fin. Depuis dix ans, près de trente collectivités au Canada se sont appuyées sur les principes et ont utilisé les outils du projet Communautés bleues afin de conserver ou de reprendre en main la gestion de leur eau, y compris Montréal plus tôt cette année!

Pour en savoir davantage sur notre projet Communautés bleues, visionnez cette courte vidéo et téléchargez gratuitement notre guide.