Pill bottle on side with pharmaceuticals

Briser l’emprise des grandes sociétés pharmaceutiques

Donya Ziaee
Vendredi 29 octobre 2021 - 16:00

Cet article a d’abord été publié dans le numéro 2021 de Canadian Perspectives, le magazine annuel du Conseil des Canadiens. Pour lire d’autres articles de ce numéro, cliquez ici.
 

C’est une page du manuel classique : un gouvernement libéral qui propose des politiques progressistes pour apaiser les électeurs, puis s’engage dans des tactiques dilatoires lorsqu’il s’agit de les mettre en œuvre.

Les libéraux fédéraux promettent l’assurance-médicaments depuis près de 25 ans. Il ne faut pas s’en surprendre : l’idée est extrêmement populaire auprès du public. Un sondage réalisé l’an dernier a révélé que près de neuf Canadiens sur dix sont favorables à un programme national d’assurance-médicaments.

Mais, malgré leurs beaux discours, les gouvernements libéraux successifs ont plié sous la pression des grandes sociétés pharmaceutiques, qui a sorti le grand jeu pour empêcher la mise sur pied d’un régime d’assurance-médicaments universel.

En 2018, le premier ministre Trudeau a nommé un Conseil consultatif pour la mise en œuvre de l’assurance-médicaments. Il a fait de cette promesse un élément central de sa campagne lorsqu’il s’est présenté à sa réélection en 2019. Mais, dans les deux années qui ont suivi, il a pris peu de mesures significatives pour faire avancer le Canada vers un programme national. Les députés libéraux ont refusé d’appuyer un projet de loi d’initiative parlementaire du NPD au début de 2021 qui établirait le cadre juridique d’un régime public universel d’assurance-médicaments géré par les provinces.

Plus récemment, à l’approche des élections fédérales de 2021, le gouvernement Trudeau a annoncé un partenariat avec l’Île-du-Prince-Édouard qui, selon lui, est « la première entente visant à accélérer la mise en place d’un régime national et universel d’assurance-médicaments ». Bien que cette entente permette d’améliorer le régime d’assurance-médicaments de la province pour les personnes déjà couvertes, on est loin d’un régime universel d’assurance-médicaments.  La plate-forme électorale libérale de 2021 ne prévoyait aucune nouvelle dépense ou échéancier pour faire progresser le régime national d’assurance-médicaments.

Les multinationales pharmaceutiques ont utilisé leur pouvoir démesuré pour retarder ou saper la mise en œuvre de l’assurance-médicaments à chaque fois.

Selon une recherche dans le registre des lobbyistes, les représentants du gouvernement fédéral ont eu un total d’au moins 555 contacts des grandes sociétés pharmaceutiques, d’assureurs privés et de groupes de défense des patients financés par l’industrie pharmaceutique au cours de la seule année 2020.

Dans leurs efforts les plus récents, les lobbyistes d’entreprise ont agressivement ciblé les plans du gouvernement libéral visant à réduire le prix des médicaments brevetés, la plus grande réforme du régime de prix des médicaments au Canada depuis plus de 30 ans et une étape cruciale vers la réalisation d’un programme national d’assurance-médicaments financé par l’État.

Depuis que le gouvernement a proposé ces règlements en 2019, les grandes sociétés pharmaceutiques ont inondé d’objections la commission parlementaire chargée d’étudier ces changements, proférant même des menaces voilées sur la disponibilité des vaccins contre la COVID-19 au plus fort de la pandémie.

La pression agressive du lobby pharmaceutique semble avoir eu l’effet escompté : le gouvernement fédéral a retardé trois fois la mise en œuvre de ces changements de prix des médicaments.

Le puissance du lobby des grandes sociétés pharmaceutiques contribue à expliquer le refus obstiné du gouvernement de soutenir une dérogation aux protections de la propriété intellectuelle sur les vaccins contre la COVID-19 à l’Organisation mondiale du commerce, même après que les États-Unis se soient joints à plus de 100 autres pays pour soutenir cet appel.

La pandémie a été une leçon abjecte sur les dangers que représente laisser des vaccins et des traitements vitaux entre les mains du libre marché. En permettant aux sociétés pharmaceutiques de dicter la façon dont ils sont fabriqués et distribués dans le monde, les vaccins sont restés hors de portée de milliards de personnes dans les pays à faible revenu.

Tandis que beaucoup d’entre nous ont été impressionnés par le formidable pouvoir de la science et de l’innovation qui a permis de sauver des vies à une vitesse record, la pandémie nous a aussi rapidement appris que nous sommes à la merci des sociétés pharmaceutiques pour faire sortir la recherche des laboratoires et l’injecter dans les bras des gens.

Mais, alors même que la pandémie a mis en évidence les dangers du pouvoir des grandes sociétés pharmaceutiques sur nos vies, le gouvernement Trudeau s’est efforcé de resserrer encore plus cette emprise. Plutôt que d’augmenter notre capacité de production nationale, en prenant appui sur l’héritage du Canada en tant que leader dans le développement et la distribution de vaccins, le gouvernement a injecté encore plus de fonds public dans des accords avec des géants pharmaceutiques comme Sanofi, Moderna et Emergent BioSolutions.

Nous ne pouvons pas confier à des multinationales privées, dont la seule motivation est de maximiser les profits, la protection de la vie humaine. Pour cela, nous avons besoin de dirigeants élus qui choisissent de nous servir, et non de lobbyistes d’entreprise